En France, près de 7 millions de personnes sont malentendantes ou sourdes, soit environ 11 % de la population selon l’Inserm. Pour un professionnel de santé, adapter sa communication face à un patient malentendant ne relève pas du confort : c’est une condition directe de la qualité du diagnostic, de l’observance thérapeutique et de la sécurité du parcours de soins.
Lecture labiale et appareillage auditif en consultation
Beaucoup considèrent la lecture labiale comme le canal naturel d’échange avec un patient malentendant. En pratique, elle ne capte qu’une partie du message oral. La douleur, l’anxiété ou la fatigue du patient réduisent encore cette capacité de décodage.
À Plérin : préparer ses aides auditives avant une consultation
Un appareillage auditif correctement réglé facilite la réception du message, sans pour autant éliminer le besoin d’adaptations côté soignant. Dans les Côtes-d’Armor, il est par exemple possible de consulter un audioprothésiste à Plérin pour ajuster ses aides auditives selon ses situations quotidiennes, y compris les consultations médicales.
Vérifier la compréhension au-delà du hochement de tête
Un hochement de tête ne garantit pas que le patient a saisi la posologie ou les effets secondaires. Demander au patient de reformuler avec ses propres mots reste le seul moyen fiable de confirmer la compréhension.
Conditions pratiques pour faciliter la lecture labiale
Pour que la lecture labiale fonctionne de façon satisfaisante, plusieurs conditions doivent être réunies :
- Se placer face au patient, à hauteur de regard, avec un éclairage suffisant qui n’assombrit pas le visage du soignant.
- Articuler clairement sans exagérer ni hausser la voix, car crier déforme les mouvements labiaux et peut provoquer un réflexe de recul.
- Réduire le bruit de fond (fermer la porte, couper la radio, limiter les conversations parallèles) afin de diminuer la charge cognitive imposée au patient.

Supports visuels et écrits : fiabiliser l’échange au-delà de l’oral
Recourir à l’écrit paraît logique, mais un piège fréquent guette. Certaines personnes sourdes profondes, dont la langue première est la LSF, éprouvent des difficultés avec le français écrit. Des phrases longues griffonnées sur un papier risquent de produire autant d’incompréhension qu’un échange oral mal conduit.
Les phrases écrites doivent être courtes, au présent, sans jargon médical. « Prenez 1 comprimé le matin » sera toujours plus clair que « La posologie recommandée est d’une prise quotidienne matinale ».
Des outils plus structurés complètent l’écrit libre. Des fiches illustrées avec des pictogrammes permettent de représenter les parties du corps, les échelles de douleur ou les étapes d’un examen. Certaines unités hospitalières d’accueil pour personnes sourdes disposent de supports visuels standardisés couvrant les situations cliniques courantes.
Les applications de transcription automatique sur tablette ou smartphone progressent aussi. Leur fiabilité varie toutefois selon l’accent du locuteur, le vocabulaire médical employé et le niveau sonore ambiant. Elles constituent un appui complémentaire, pas un substitut à la vigilance du soignant quant à la compréhension réelle du patient.
Boucle magnétique au cabinet : un équipement encore peu répandu
La boucle magnétique (ou boucle à induction) transmet le son directement dans les aides auditives équipées d’une position T (télécoil). Le soignant parle dans un microphone, le signal est converti en champ magnétique, et le patient reçoit la voix sans les bruits parasites de la pièce.
Ce dispositif reste peu déployé dans les cabinets médicaux ou les pharmacies, alors qu’il ne demande aucune manipulation de la part du patient si son appareil dispose déjà du mode T.
Son intérêt principal tient à la suppression de l’effet de masquage sonore. Dans un cabinet donnant sur une rue passante ou jouxtant une salle d’attente bruyante, la boucle magnétique apporte un gain de clarté que le simple réglage du volume de l’aide auditive ne compense pas.
Interprète LSF et aidant familial : deux rôles à distinguer
Un interprète en langue des signes française (LSF) change la nature même de la consultation pour les patients dont c’est la langue principale. Un reportage de France 3 Nouvelle-Aquitaine rapporte le témoignage d’une patiente sourde au CHU de Limoges : grâce à la présence d’un interprète, elle a pu poser ses propres questions et être interrogée avec précision, alors que les échanges écrits la limitaient auparavant.
L’interprète est soumis au secret professionnel et traduit fidèlement, sans résumer ni reformuler le propos médical. C’est cette neutralité qui le distingue de l’aidant familial. Un proche peut contextualiser (antécédents, habitudes), mais il filtre involontairement l’information selon sa propre compréhension et peut taire des sujets qu’il juge embarrassants.
L’aidant complète l’interprète, il ne le remplace pas. Quand aucun interprète n’est disponible sur place, des services de visio-interprétation à distance permettent de solliciter un professionnel LSF par écran. Cette solution se développe dans les établissements hospitaliers.

Accessibilité téléphonique : un maillon souvent négligé du parcours de soins
La communication avec un patient malentendant ne débute pas dans le cabinet. La prise de rendez-vous par téléphone représente un obstacle fréquent. Proposer systématiquement un canal alternatif (SMS, courriel, réservation en ligne) supprime cette première barrière sans réorganisation lourde.
Sur le plan réglementaire, les obligations d’accessibilité téléphonique se renforcent progressivement. Les modalités prévues incluent la transcription écrite simultanée, l’interprétation en LSF ou le codage en langue française parlée complétée (LPC). Ces évolutions visent d’abord les organismes publics, mais elles dessinent un standard vers lequel les structures de soins privées seront amenées à converger.
Adapter la communication avec un patient sourd ou malentendant repose sur des gestes concrets : se positionner face au patient, formuler des phrases courtes, utiliser des supports visuels, recourir à un interprète LSF quand la situation l’exige. L’Inserm fournit des données épidémiologiques actualisées sur la surdité en France, et le reportage de France 3 Nouvelle-Aquitaine illustre par des témoignages l’impact d’un interprète en milieu hospitalier.
Pour approfondir : OMS : surdité et perte auditive ; Inserm : troubles de l’audition et surdités.

